La renaissance poétique sous la plume d'Amanda Gorman

Par Céline B. pour BU


Si l'investiture de Joe Biden a redonné un visage d'espérance à l'Amérique, elle a également mis en valeur le talent d'une poétesse afro-américaine, Amanda Gorman. Devenue la nouvelle coqueluche des médias dans son engagement, sa défense des minorités et sa jeunesse, l'écrivaine a déterminé une certaine idée de l'imagerie poétique. Dans un texte appelant les États-Unis à s'unir au moment même où le pays connaît une déchirure grandissante, The Hill We Climb (« La colline que nous gravissons »), sa prise de parole est apparue comme la régénération d'un genre littéraire. Avec des vers, de la prose et l'envie d'associer écrits classiques, expérimentaux ou contemporains.


« We’ve seen a force that would shatter our nation rather than share it,

Would destroy our country if it meant delaying democracy.

And this effort very nearly succeeded.

But while democracy can be periodically delayed,

It can never be permanently defeated ...

Nous avons vu une force qui aurait mis en pièces notre nation au lieu de la partager

Aurait détruit notre pays si cela pouvait retarder la démocratie

Et cette tentative a bien failli réussir.

Mais si la démocratie peut-être en partie retardée,

Elle ne peut être mise à bas à jamais … »


(Amanda Gorman)


Faire tomber les barrières


Que l'on préfère le romantisme d'Alfred de Musset, le surréalisme de Charles Baudelaire ou le symbolisme d'Arthur Rimbaud, la poésie garde, sous toutes ses formes, la délicatesse et la puissance de son auteur. Chez Amanda Gorman, la fougue de ses 22 ans s'allie aux épreuves de la vie l'ayant poussé à trouver refuge dans l'écriture et la lecture. Se définissant elle-même comme une « enfant bizarre » qui tente de surmonter ses problèmes d'élocution et d'audition, elle grandit en Californie avec ses deux frères et sœurs. Sa mère, célibataire, l'invite à transcender ses handicaps invisibles (notamment une hypersensibilité aux sons) dans l'expression artistique.



À l'âge de 16 ans, elle remporte le premier prix de poésie et devient étudiante en sociologie à Harvard. Trois ans plus tard, la ville de Los Angeles la choisit comme « meilleur jeune poète » alors qu'elle obtient son diplôme universitaire en 2020. C'est finalement Jill Biden, l'épouse de Joe Biden, qui propose son nom pour déclamer un poème le jour de l'investiture. Prévenue le 30 décembre, elle termine son texte peu après les émeutes du Capitole le 6 janvier.


Une source d'inspiration pour une jeunesse incomprise


Son premier recueil de poèmes, One for Whom Food Is Not Enough, est publié en 2015 et porte en son sein toutes les thématiques chères à l'artiste. S'interrogeant sur le racisme, le féminisme et les dérives de la marginalisaton, elle trouve son inspiration dans les questions sociétales en privilégiant la douceur dans ses interventions. Non sans afficher un caractère fort et intransigeant, Amanda Gorman cherche à amener ses lecteurs et ses auditeurs à une réflexion mature et sensée. Engagée auprès de la jeunesse, elle fonde, en 2016, l'ONG, One Pen One Page, afin de les encourager à se lancer dans l'écriture.



Tandis qu'une partie de la classe politique américaine s'est déclarée admirative de son parcours et de sa maturité (dont l'ancien président Barack Obama et son épouse Michelle), son œuvre caracole désormais en tête des préventes. Aujourd'hui, la jeune femme veut continuer son travail et ouvrir les esprits autant que possible en incitant la nouvelle génération à ne jamais laisser la démocratie perdre du terrain. Son ultime rêve serait celui ô combien grandiose de briguer un mandat à la Maison Blanche en 2036, année durant laquelle elle atteindra le cap fatidique des 35 ans. Même si l'échéance paraît lointaine, Hillary Clinton l'a déjà assurée de son soutien à cet instant : de quoi donner de l'espoir et des perspectives de tolérance à un monde qui en manque toujours cruellement.