Soul, de Pete Docter et Kemp Powers (critique)

Par Céline B. pour BU


Synopsis : Passionné de jazz et professeur de musique dans un collège, Joe Gardner a enfin l’opportunité de réaliser son rêve : jouer dans le meilleur club de jazz de New York. Mais un malencontreux faux pas le précipite dans le « Grand Avant » – un endroit fantastique où les nouvelles âmes acquièrent leur personnalité, leur caractère et leur spécificité avant d’être envoyées sur Terre. Bien décidé à retrouver sa vie, Joe fait équipe avec 22, une âme espiègle et pleine d’esprit, qui n’a jamais saisi l’intérêt de vivre une vie humaine. En essayant désespérément de montrer à 22 à quel point l’existence est formidable, Joe pourrait bien découvrir les réponses aux questions les plus importantes sur le sens de la vie.





Voilà quelques années que l'on pointe du doigt la crise d'inspiration traversée par les studios Pixar depuis le formidable Toy Story 3, conclusion – complétée, en 2019, par un quatrième volet – parfaite à une saga d'enfance tendre, drôle et nostalgique. Au cœur de suites moins nécessaires (Monstres Academy, Les Indestructibles 2) ou tristement ratées (Le Monde de Dory, Cars 3), le succès de Coco (2017) et surtout Vice-versa (2015) est venu redonner originalité et authenticité à un cinéma qui commençait à s'essouffler. Si l'on doit la réussite du premier à Lee Unkrich, l'une des brillantes têtes pensantes du studio, c'est bel et bien Pete Docter, auteur de Monstres et Cie et Là-haut, qui a vu germer dans son esprit la valse des émotions du second.


Rien d'étonnant, donc, à le voir explorer les différentes contrées de notre personnalité dans Soul, prolongation plus ou moins directe de Vice-versa imaginée il y a vingt-trois ans lors de la naissance de son fils. Tandis que l'on connaissait la faculté du réalisateur à toucher l'universalité de nos souvenirs, il vient ici questionner le sens de la vie et la direction que chacun souhaite lui donner. En réfléchissant aux inlassables quêtes existentielles, Pete Docter, soutenu par Kemp Powers, conçoit un récit où les notions de vocation, de destinée et de bonheur sont affrontées avec sa finesse habituelle et son acuité sur les choix offerts par le hasard.


À travers son personnage principal, un jazzman devenu professeur de musique par la force des choses, Soul transpose son intrigue dans un New-York réaliste où Joe pense être passé à côté de sa vie et s'être perdu loin de sa passion. Après un accident de la circulation, il bascule dans ce « Grand Avant » en voulant échapper à sa disparition prochaine et se retrouve mentor d'une âme en devenir, 22. Faisant bientôt face à cet esprit n'ayant jamais voulu goûter à la vie humaine, il comprend, peu à peu, les subtilités de l'existence tout en lui insufflant un appétit du quotidien malgré lui. Leurs aventures terrestres se transforment alors en une chasse aux beautés de notre monde, cachées ou apparentes, dans le tourbillon d'une société qui ne s'arrête jamais.



Privé de sortie en salles pour cause de pandémie et mis à disposition en pleines fêtes de fin d'année par Disney+, le film nous remémore aussi à quel point l'expérience cinématographique reste essentielle dans notre rapport à l'image. Face à un travail visuel fourmillant de détails, il est légitime de regretter la plus-value non négligeable du grand écran pour mieux apprécier l'incroyable reconstitution d'une mégapole comme New-York ou le dessin épuré de ce « Grand Avant » à l'univers cotonneux.


Premier film des studios Pixar à mettre en scène une succession de héros afro-américains, Soul ressemble à un long-métrage-somme, plutôt dédié à des adultes plongés dans les souvenirs de Picasso ou de La Linea, série italienne d'Osvaldo Cavandoli. Dans le choix musical tout sauf anodin du jazz, semblable au rythme improvisé de nos vies, comme dans celui des compositeurs de la bande originale (Trent Reznor et Atticus Ross), tout concourt à lorgner vers une odyssée à destination des plus grands en jouant sur notre fibre la plus intime et personnelle.


Par petites touches, sans leçon de vie, ni apprentissages miraculeux, Pete Docter veut parler de ce temps passé (et parfois perdu) à chercher notre « flamme », le désir profond qui nous amène à vivre et à inventer ce pour quoi l'on est fait. Lorsque l'on aspire à quelque chose d'immense, qui nous dépasse souvent, il entend rappeler que la vie est, avant tout, composée de moments innocents qui, morcelés, puis rassemblés, représentent ce que nous sommes. Malgré les difficultés et les entraves, Soul nous dit combien la recherche perpétuelle d'un bonheur absolu nous éloigne du plus important : la possibilité d'être heureux dans l'instant présent.


100 minutes - USA, 2020

Sortie : 25 décembre 2020 sur Disney+

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